Florian est un auteur du XVIIème siècle. Son grand oncle n'est autre que Voltaire. Il va s'engager dans l'armée puis va abandonner pour être attaché à un duc. Il va se consacrer à la rédaction de romans et de pièces de théâtres. Il publie en 1792 ses fables. Il est emprisonné à La Bastille et échappe de peu à la guillotine. Il va mourir à 39 ans, le 13 septembre 1794. Le Crocodile et l'Esturgeon est la 12ème fable de son Vème livre.
Fable qui alterne les alexandrins et les octosyllabes.
Mélange hommes/animaux.
Cette fable évoque un meurtrier en plein accord avec son crime.
Le monde décrit est un monde cruel où le mal est irrémédiable.
Plan :
I) Un récit allégorique.
II) Fonction didactique et polémique de la fable.
III) Personnage de l'esturgeon.
I) Un récit allégorique.
a) Un récit.
C'est un récit.
Indices de temps "un jour" place la fable dans un passé lointain et le rend intemporel.
L'action se passe en Egypte, cet espace temporel suggère une période antique.
"bientôt", "l'instant", "en ce moment" <= rien de précis.
Les connecteurs temporels soulignent l'accélération d'une action.
Eloignement temporel et géographique.
1er moyen d'argumentation indirect : utilisation d'un récit éloigné dans le temps.
Vers 1 à 4 (situation initiale) => Incipit in media res (dynamique.
Vers 5 à 8 : crime commis par le crocodile.
Vers 9 à 30 : Intervention de l'Esturgeon => installation d'un dialogue.
Vers 33 : constat final.
Utilisation du discours direct du vers 14 à 20 => récit vif.
Monologue de l'esturgeon vers 23 à 30.
4 personnages : 2 enfants, crocodile, esturgeon.
b) Un récit allégorique.
C'est un récit allégorique.
Le vers 33 n'est pas une morale.
Il ne propose aucun conseil, aucun art de vivre, c'est un constat.
Métonymie "le méchant" qui représente tout les méchants.
Constat abusé : on ne peut rien y faire.
Le Mal et la cruauté sont irrémédiables.
Ce constat découle du récit. Ce récit devient donc un exemple illustratif.
La fable suit un raisonnement instructif puisqu'elle va du particulier au général.
Les enfants représentent l'innocence, la pureté.
c) Les caractéristiques de la fable.
Fonction allégorique de la fable puisqu'il y a identification des animaux aux hommes.
Utilisation de la prosopopée (personnification des animaux.)
On a une véritable personnification de l'Esturgeon : "digne, honnête, saint homme..." A l'opposé le crocodile : "scélérat, assassin,..."
Caractéristique de la fable : intervention du fabuliste.
Ici, le récit est à la 3ème personne.
Il y a peut-être une allusion à Raminagrobis qui constitue une clé pour comprendre le personnage de l'Esturgeon.
Même présence du fabuliste dans la réinterprétation ironique de deux expressions que la fable détourne : - croquer le marmot : attendre en se morfondant ; - les larmes de crocodile : pleurer de façon hypocrite.
La légende veut que les crocodiles pleurent pour attendrir les passants.
Florian s'amuse de façon ironique des expressions figées.
II) La fonction didactique et polémique : les leçons de la fable.
La fable dénonce la cruauté par le biais d'un crime particulièrement révoltant : l'infanticide.
a) Le crime
Meurtrier : crocodile
Il est caractérisé par "affreux, scélérat, coupable amphibie, assassin, âme impitoyable..."
Le crime est de l'ordre de la tragédie.
4 alexandrins qui se rapportent à la tragédie vers 10.
Rapidité du meurtre marqué par le présent de narration.
Régularité du rythme ce qui prouve que rien ne peut entraver l'attaque du crocodile (vers 5).
Attaque surprise suggérée par "tout à coup".
b) La victime
Mort de l'enfant évoqué au vers 7.
Les forces sont disproportionnées.
Le crocodile est énorme et l'enfant ridicule à côté.
2 syllabes pour la réaction ridicule de l'enfant et 10 syllabes pour évoquer son ascension vers l'estomac du crocodile.
L'évocation des enfants relève du registre pathétique.
L'incipit les évoque innocents, heureux.
Durée suggérée par l'imparfait.
Utilisation hyperbole au vers 4.
Accumulation des 4 adjectifs avec un rythme ascendant vers 3.
Mime des ricochets vers 3.
Le gérondif "en pleurant" suggère la durée de la souffrance.
c) Le constat final.
Le meurtrier ne connaît aucun remord, ne se sent pas coupable.
Son seul regret est d'avoir manqué l'autre enfant.
Le constat final est fondé sur une antiphrase que affirme la réalité du Mal.
Le Mal reste le Mal.
Il n'y a pas de prise de conscience.
Il n'a aucune volonté de s'amender.
III) Le personnage de l'Esturgeon.
a) Il permet d'amplifier la dénonciation, d'élargir la critique.
Utilisation du champ lexical de la religion "providence, prêcher, pénitence, âme impitoyable..."
Tout est chez l'Esturgeon sermon.
Le futur proche dénote l'empressement.
Discours moralisateur.
Emploi de termes forts pour stigmatiser la faute "votre forfait", "âme impitoyable" placé généralement en début ou fin de vers.
Utilisation des notions morales et religieuses "Dieu", "bienfaits..."
b) Le tartuffe (hypocrite).
Un tartuffe est quelqu'un qui est du côté de ceux qui utilisent la religion à des fins personnels.
Antéposition des adjectifs : "honnête et digne" suggère la seule apparence, le rôle, le masque.
Son comportement contredit le paraître.
Il fait le saint homme mais en fait il est lâche. Il est "témoin de la tragédie" mais au lieu d'aider, il s'éloigne.
Sa tartufferie se voit dans l'emploi exagéré de sa sensibilité.
Il a pour le crocodile de la pitié => "le monstre a des remords".
Le prêche qu'il adresse au crocodile tourne à la caricature.
L'esturgeon pousse le goût du prosélytisme un peu trop loin comme le prouve l'incise "lui cria".
Le sermon est ridicule parce qu'il se fonde sur une repentance qui n'existe pas.
c) Critique indirecte de la religion.
Critique explicite dans l'interrogative que l'esturgeon se pose.
La providence est personnifiée.
Critique implicite du discours religieux.
Le discours religieux se fonde sur le remord, or le crocodile ne connaît que le regret.
L'esturgeon représente une religion déconnectée de la réalité et qui se réfugie dans de beaux discours alors qu'elle est incapable d'aider, d'agir, de sauver.
Conclusion : Cette fable annonce les fables du XXe siècle de par l'absence de morale. C'est une fable qui évoque un monde où le Mal est omniprésent (il occupe 16 vers dans la fable). Le Mal l'emporte sur le Bien et il est irrémédiable. La morale est remplacée par un simple constat et va dans le sens du pessimisme => pas d'améliorations possibles.
La fable pleine d'ironie, masque la désillusion.