Objet d'étude : Les Confessions, Rousseau.
Incipit (ou préambule). Ligne 20 à 45.
L'épigraphe "intus et in cute" nous montre la totale sincérité de son projet.
Eclaire le lecteur sur ses intentions, et nous convainc du bien-fondé de son autobiographie.
Rousseau emprunte à St Auguste le titre de l'œuvre.
Rousseau se considère comme un martyr.
Plan :
I) Le projet autobiographique
II) Un véritable défi au genre humain
I) Le projet autobiographique
a) L'omniprésence du "moi"
L'autobiographie se présente comme la restitution pure, naturelle de sa personnalité.
Rousseau se donne même le regard de Dieu.
24 fois "je"
8 fois "moi", "me"
On peut parler d'égocentrisme.
Son projet est didactique, il vise à édifier les hommes.
Il faut distinguer le "moi" écrivain, et le "moi" intemporel de l'homme, Rousseau.
Dans le récit, l'artiste, l'auteur ne va pas cesser de défendre par son talent, sa technique du discours, l'homme qui vient se confesser devant nous, et même l'homme qui vient se confesser aux yeux de Dieu.
La question est de savoir si l'adulte narrateur ne va pas reconstituer ou même inventer le "moi" biographique.
b) L'engagement de la sincérité
Pour Rousseau, le livre est nécessairement transparent : juger le livre, c'est juger l'homme.
Il veut faire connaître à la société, son être intérieur.
Il va dévoiler sa bonté, son innocence due à la nature.
On va découvrir ses actes, ses pensées, le bien, le mal qu'il a fait mais aussi ses actes sublimes, le tout venant déboucher sur l'être même.
Pour lui, le fait d'avouer une faute l'innocente, et pour être témoin de sa sincérité, il convint Dieu.
Il est sûr de lui, sans remords.
"Mon livre est vrai" : on ne peut rien lui reprocher.
II) Un défi au genre humain
a) Le défi aux écrivains passés et à venir.
1er défi : 1ère phrase : Pas d'imitateur. La réalité montre que Rousseau se trompe totalement. Les tournures rhétoriques qu'il emploie renforcent son affirmation "n'eut jamais", "n'aura point", "jamais d'exemple", "point d'imitateur"...
b) Le défi à chacun
l. 5, 6 : il affirme sa différence.
Il se pose comme unique.
Phrases nettes, structurées.
Il se singularise parce que le personnage lui-même qui raconte les confessions est unique, parce que l'œuvre est unique.
c) Le défi à l'espèce humaine toute entière
Le 3ème § pousse le défi à la provocation.
Il organise une sorte de procès triomphal où d'accusé il va devenir accusateur.
Les guillemets entraînent une double personnalité.
Il devient l'avocat de son "moi".
Il va le défendre "hautement".
C'est un plaidoyer.
Il veut être objectif pourtant : 2 adjectifs pour le "mal", 3 pour le "bien".
Il veut que "ses semblables" soient honteux de ces confessions.
Le portrait que présente Rousseau est un miroir où chacun doit se reconnaître.
La honte change de camp.
Tout le monde est coupable au même titre que lui.
Rousseau se sent gagnant sur le plan de la sincérité.
Il est convaincu d'être sincère.
Fin théâtrale : il défie l'humanité.
Personne n'est exempt de faiblesses humaines.
"Je ne suis pas pire que les autres".
Cette mise en scène s'inspire de l'épisode de la femme adultère dans l'évangile : "Que celui d'entre vous qui n'a jamais pêché lui jette la première pierre, et tous s'en vont l'un après l'autre n'osant plus la condamner". Cette manière convint les gens et réduit au silence ses adversaires.
Conclusion :
Ce préambule a un caractère surprenant, extraordinaire. Son projet autobiographique nous est ici donné et il servira d'exemple à d'autres imitateurs.
• Circonstances de la rédaction des Confessions :
Rousseau est obsédé par la hantise d'un complot monté contre lui.
La nouvelle Héloïse a eu un énorme succès et c'est à partir de ce moment qu'il va devenir paranoïaque.
Il est persuadé que tout le monde lui en veut.
Les 2 livres qu'il écrira à la suite (L'Émile ou l'éducation et profession de foi du vicaire savoyard) seront censurés.
Il est menacé d'arrestation et fuit en Suisse où il fera une ébauche des Confessions.
En 1764, Voltaire dans un Pamphlet (critique) lui reproche d'avoir abandonné ses 5 enfants à l'assistance publique.
Ce geste, Rousseau va le regretter et même son aide à Thérèse Levasseur va lui faire ressentir des remords.
Cette accusation va précipiter l'écriture des 4 premiers livres des Confessions.
A la fin des 4 livres, il fait une conclusion provisoire dans laquelle il dit qu'il faut qu'on s'intéresse à ces livres comme une ensemble autonome.