C'est un poème de Verlaine publié en 1884.
Dans le recueil Jadis et Naguère, Verlaine explique que la poésie est essentiellement musicale.
Comme le titre l'indique, Verlaine revient sur des faits passés.
« Pierrot » est le second sonnet de la 1ère section.
On retrouve ici Pierrot avec ses attributs traditionnels mais l'atmosphère est chargée de négativité.
Ce sonnet est aussi sous le signe du manque, de la frustration, de la mort.
C'est la symbolique du désarroi du poète.
Plan :
I) Le personnage de Pierrot.
II) La présence de la mort.
III) La figure du poète angoissé.
I) Le personnage de Pierrot.
a) Pierrot
Le sonnet s'offre comme la définition d'un personnage par rapport à sa nature antérieur.
Caractéristiques vestimentaire de Pierrot v. 6, 10.
Dans le second tercet seulement apparaît son visage.
C'est un personnage de mimes qui n'exprime ses sentiments que par des gestes v.7.
Il est fasciné par la lune.
Rêveur lunaire qui évolue dans l'obscurité.
La clarté de la lune est répétée par ses habits v.13.
La pâleur est caractéristique de son innocence.
Le 1er vers souligne sa fraîcheur naïve.
« Riait », « gaîté » placé en début de vers.
b) Perversion de la tradition.
V.3 faisant référence à la chanson populaire, à l'enfance.
« Vieil air » <= prouve que Verlaine ne pervertie pas la chanson mais la réinterprète.
Ce n'est plus la candeur mais le vide.
« La chandelle » est reprise sur un mode atténué avec « mince éclair ».
Il y a une faible lueur présente dans les yeux, dans le texte.
Il y a un caractère précaire, éphémère.
Oxymore « long éclair ».
On a l'impression que le personnage est sans consistance.
Oxymore « cri silencieux ».
On est passé de la chanson (§ 1) au silence (§ 2).
Cette lune blanche est ici symbolique => elle est le masque de Pierrot.
C'est pour cela que Pierrot n'est plus ce qu'il était, il finit par mourir.
II) Présence de la mort.
a) Ecoulement du temps.
Mort omniprésente. Elle implique un vide v.3, 4 => figure du spectre.
Ce qui intéresse Verlaine est le passage du passé au présent.
Il y a une métamorphose du personnage.
Emploi imparfait v.3, présent passif v.4.
Le sonnet se poursuit au présent.
Il n'y a pas de futur ; le personnage n'a d'autres issues que la mort.
Cela commence par « ce n'est plus » et finit par « moribond ». Chaque strophe est une étape de l'agonie de Pierrot.
1ère strophe : image révolue du personnage.
2ème strophe : souffrance du spectre.
3ème strophe : expression d'une solitude horrible.
4ème strophe : gros plan sur le visage d'un mourant.
b) La morbidité.
Le sonnet s'organise autour de cette dépossession.
Tous les éléments du sonnet porte une marque funèbre v.6, 7 (vêtements).
Pierrot est ainsi un fantôme et un mort-vivant.
Son visage multiplie les notations morbides.
Il y a un hiatus (deux voyelles. Exemple : lion) => « semble hurler ».
Allitération en « r », « s ».
Assonance en « u ».
On entend la plainte de Pierrot.
Dans la dernière strophe on retrouve l'image de la tête de mort.
« Exsangue », « vent froid » <= omniprésence de la mort.
Le mouvement des oiseaux est suggéré par l'assonance de « ui » et de « d » et « t ».
III) La figure du poète angoissé.
a) La maladresse.
Pierrot = poète.
La figure de Pierrot est en réalité celle du poète.
C'est Verlaine lui-même qui souffre d'une perte d'être et se caractérise par sa gaucherie.
Alexandrin coupé bizarrement v.8 => 5 et 7. V.13 => 5 et 7.
Verlaine pense que le chiffre 7 est mélodique.
V. 10, on dirait qu'il est empêtré.
b) Solitude et silence.
A la chanson populaire, il ajoute un cri horrible.
Le seul bruit réel du poème sont les oiseaux.
V. 11.
c) Perte de l'identité.
Un poète qui se voit condamner au silence est un poète mort.
Ce silence provoque le désarroi traduit par le rythme : rejet, syntaxe...
Si Pierrot meurt c'est toute la tradition de la chanson populaire qui disparaît avec lui.
Le poète n'a plus de repères poétiques.
La mise à distance qu'opère l'auteur en se représentant en Pierrot indique qu'il n'est plus lui-même.
Le poète s'est perdu.
Conclusion : Ainsi ce sonnet par la représentation traditionnelle permet à Verlaine de transcrire ses angoisses de poète face à la solitude, au silence. La mort qui plane est symbolique de la dégradation qu'a ressentie l'auteur devant son passé. On a un « malaise » à la lecture de ce texte. Un sentiment émouvant, douloureux de frustration rendue par la musicalité discordante du vers.