Objet d'étude : Supplément au voyage de Bougainville, Diderot.
Bougainville est un explorateur qui rédigea ses aventures. Suite à ce succès, Diderot en écrira la suite.
Deux personnages :
- A : supposé avoir lu Bougainville.
- B : ne l'ayant pas lu.
Ce dialogue oppose deux façons de penser et soulève le problème du colonialisme.
Cette œuvre célèbre la vie sauvage par rapport à l'homme civilisé qui est dénigré.
Ici, l'extrait est le discours d'un vieillard qui se présente comme indiffèrent au départ des blancs. Il s'adresse à Bougainville et à ses compagnons.
Alternance entre « nous » et « tu » qui désigne Bougainville.
La critique passe par tout un vocabulaire de la cruauté.
Plan :
I) La critique du comportement européen.
II) L'éloge de la vie naturelle.
III) Une éloquence persuasive.
I) La critique du comportement européen.
a) La cruauté, la destruction, la violence.
Ces 3 notions sont mises en relief tout le long du texte.
CL comportant verbes, noms, adjectifs : « égorger », « assujettir », « servirez », « funeste avenir »...
Il utilise ce CL car il permet au narrateur de tracer un tableau extrêmement réaliste, un tableau critique du comportement des européens, un tableau de l'avenir malheureux des Tahitiens.
Par ce CL, il y a une mise en accusation catégorique des attitudes colonisatrices.
b) L'immortalité.
Elle est exposée à travers un vocabulaire qui souligne l'absence des respects, des règles courantes, de la morale.
Ils sont « ambitieux », « vices », « corrompus » <= désignent moralité colonisateurs.
Allusions répétées sur le caractère méprisant.
Ces européens sont constamment malhonnêtes, hypocrites, intolérants, possessifs, aucun respect de l'être humain, de leur façon de penser.
c) L'injustice.
Le vieillard met en évidence l'intrusion des notions de possession.
Création de besoins nouveaux, artificiels.
Notion de « factices ».
Ces besoins font apparaître une hiérarchie jusque là inexistante.
On a ici une dénonciation de ces méfaits :
- l'inégalité.
- Les besoins nouveaux.
- La cruauté.
Ces méfaits sont douloureux à ceux qui y subisse mais sont également nocif pour ceux qui les exerce.
La civilisation est présentée comme une véritable calamité car associé aux « vices », aux « extravagances », à la « violence », à l'injustice.
Le vieillard décrit les européens de manière péjorative : « vils », « corrompus »...
La critique va au-delà de la critique colonialiste.
Et elle fait apparaître les comportements dits civilisés dictés par une organisation sociale inégalitaire, injuste.
II) L'éloge de la vie naturelle.
Célébration de la vie naturelle sans contraintes sociales.
Le vieillard met en relief l'innocence et le bonheur.
a) L'innocence et le bonheur.
« Nous sommes innocents », « nous sommes heureux ».
Cette innocence repose sur la non propriété : absence de rivalité, de violence.
L'idée d'innocence est également exprimée à travers les moeurs l.42.
Ils sont ignorants et c'est cette ignorance qui fait leur sagesse.
b) La liberté et la tolérance.
Affirmation de la liberté qui se fait de manière catégorique « nous sommes libres ».
Refus, dégoût de l'esclavage.
Volonté, capacité à lutter pour cette liberté.
Il a la certitude que le respect de la liberté pour soi est aussi respect de la liberté d'autrui qui conduit à l'expression de la tolérance.
Il y a une série de questions rhétoriques l.31, 38.
Cette série de questions montre que les tahitiens ont respecté les européens au départ l.41.
Insistance sur le respect et la compréhension des autres.
c) La simplicité d'une existence naturelle.
Le vieux insiste sur l'absence de superflu, sur une vie simple, limitée aux besoins les plus immédiat l.45, 46.
L'absence de superflu est soulignée à plusieurs reprises.
Mise en valeur de la vie simple qui elle ne connaît ni les entraves, ni les contraintes de la vie civilisée.
III) Une éloquence persuasive.
Efficacité du discours.
Procédé oratoire pour marquer le lecteur.
a) Les changements d'interlocuteur.
Ils apparaissent très nettement et sont soulignés par le changement de personne « vous », « eux », « nous », « tu »...
Dans cette 2ème partie, on observe la reprise d'une même structure.
On a un constat positif de la vie des Tahitiens qui s'oppose immédiatement à un constat négatif chez les occidentaux.
Ce changement de personnes souligne le passage d'un groupe à l'autre.
b) Symétrie, chiasme.
Les symétries crée des balancements, des rapprochements, des oppositions.
L. 24, construction en chiasme.
« elle...tes...tu...elle... »
L.22 : opposition libre/esclavage.
L. 33 « ce pays est à nous ».
Symétrie l.33
L.33+35/ l.38.
Le vieillard joue sur le jeu des hypothèses, il imagine que ses interlocuteurs sont inversés.
L'irréel du présent suggère que le comportement des colonisateurs est inacceptable.*
c) Les interrogatives oratoires.
Le vieillard interpelle l'auditoire.
Il met en exergue le comportement des colonisateurs et celui des tahitiens.
Il fait appel à son imagination ainsi qu'à l'évidence.
Conclusion : Cet ouvrage est type du siècle des Lumières car il y a de la curiosité, de l'exactitude, du goût de l'aventure et de la tolérance. Ce texte dénonce la société colonisatrice, la société immorale, violente et on retrouve ici l'esprit des Lumières : combattre pour la liberté, la tolérance et l'égalité.
Diderot rejoint les pensées de Rousseau et propose une morale sociale et une réflexion qui hante et s'inscrit au XVIIIe siècle.